Biographie

Bien que né à Concarneau, dans le sud du Finistère, Auguste Dupouy ne porte pas un nom breton. Si sa mère venait d’une famille paysanne implantée dans une commune voisine (Lanriec), son grand-père paternel était un marin béarnais qui s’était installé à Brest vers 1840. Auguste Dupouy naît en 1872 alors que son père exerce à Concarneau le métier de mareyeur. Dans ses Souvenirs d’un pêcheur en eau salée, il évoquera la maison de ses premières années, située place de la Croix, d’où il avait pour spectacle « la calme baie de la Forêt, avec les six cents chaloupes du port qui la parcouraient sous leurs deux voiles brunes ». Il quitte Concarneau dans sa huitième année lorsque son père est appelé à diriger une conserverie de poissons à Saint-Guénolé, sur la côte bigoudène. « A Saint-Guénolé, ce fut autre chose. Un pays plat, ras, […] dépouillé, grâce à un vent d’ouest ennemi de tout superflu. […] Du sable, des roches, une lumière vibrante, et pas le moindre boqueteau sur quoi se reposer les yeux. […] Notre mère pleura quand elle vit cette nudité ». Pour le jeune garçon, en revanche, ce fut vite le coup de foudre. L’usine et la maison du gérant sont bâties à quelques mètres de la mer. Et ce pays lui offre un terrain de jeu aux possibilités infinies, la grève, ainsi que des camarades pleins de ressources : les mousses qui l’initient aux plaisirs à la fois sauvages et subtils de la pêche et de la voile. Ces impressions d’enfance devaient le marquer définitivement et l’attacher à jamais à Saint-Guénolé, son port d’attache jusqu’à sa mort.

Il fait ses études au lycée de Brest, de la classe de 8e au baccalauréat, obtenant chaque année le prix d’excellence. C’est ensuite la préparation du concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure, effectuée au lycée de Rennes, où il côtoie Alfred Jarry, puis à Paris, au lycée Henri IV, où il a pour professeur le philosophe Henri Bergson. Il passe trois années rue d’Ulm (1893-1896), où il suit notamment les cours de Gustave Lanson, du médiéviste Joseph Bédier et du latiniste Frédéric Plessis, dont il deviendra plus tard l’ami. En 1896, il est nommé (après avoir demandé un poste dans une ville portuaire) professeur au lycée de Tulle. Peu satisfait de cette affectation, il obtient sa mutation à Quimper en 1897. A proximité de « son » Saint-Guénolé et de sa famille, il profite de ce poste, qu’il occupe pendant six ans, pour renforcer ses attaches bretonnes. Il participe en 1898 à la création de l’Union Régionaliste Bretonne, dont le premier président est Anatole Le Braz. Egalement professeur au lycée de Quimper, celui-ci réunissait régulièrement dans sa maison un cercle d’amis dont Auguste Dupouy faisait partie. En 1903, il est nommé à Angers, en 1908 à Reims et en 1913 à Rouen. Il lui faut attendre la fin de la guerre pour pouvoir s’établir à Paris. D’abord en poste au lycée Michelet de Vanves, il gagne ensuite Louis-le-Grand, où il termine sa carrière d’enseignant en 1938. L’éloignement ne l’empêche pas de rester fidèle à Saint-Guénolé, où il revient passer chaque année les vacances scolaires. En 1910, il y fait bâtir une maison face à la mer, au Menez Kerouil, et il en acquiert une plus grande en 1919, sur le même site, pour héberger une famille qui s’est agrandie avec la naissance de ses quatre fils. Son mariage avec Blanche Mercklein, fille d’un journaliste au Figaro, avait été célébré en 1908.

C’est en 1905 qu’il se lance véritablement dans la littérature en publiant un recueil poétique : Partances, publié chez l’éditeur des Parnassiens, Alphonse Lemerre. Suivront deux essais littéraires : France et Allemagne, littératures comparées (1913) et Alfred de Vigny (1913), puis des études de géographie maritime : Pêcheurs bretons (1920), Le Port de Rouen (1920), Brest et Lorient (1922). Ses œuvres de fiction, qui constituent le volet majeur de sa production, paraissent dans les années vingt et trente. Profondément ancrées dans les paysages et les réalités humaines de la Bretagne, elles mettent en scène des héros piégés par des amours impossibles à vivre, spectateurs presque complaisants de leur échec : L’Affligé (1922), La Paix des Champs (1925), On l’appelait Marlène (1935). On peut leur adjoindre un recueil de nouvelles dont l’action se situe le plus souvent en pays bigouden : Le Chemin de ronde (1923). Dans ces mêmes années, il se tourne également vers l’antiquité gréco-latine, à laquelle il consacre deux essais : Rome et les lettres latines (1924), Horace (1928), ainsi qu’un roman historique : Gallus (1928). Son éclectisme l’amène aussi à publier un essai sur Les Peintres de la Bretagne (1924), une Histoire de la Bretagne (1932), une étude sur Brest et la côte finistérienne, Face au Couchant (1934), des essais sur la littérature française : Carmen, de Mérimée (1930), Elvire, inspiratrice de Lamartine (1944), Géographie des lettres françaises (1942), des biographies de marins : Kerguélen (1929), Charcot (1938), et des ouvrages de vulgarisation sur la Bretagne : La Cornouaille (1936), La Basse-Bretagne (1940). En 1932, il a aussi rédigé pour le compte de Le Goffic l’ouvrage que celui-ci venait juste de commencer quand la mort l’a surpris : Brocéliande.

Parallèlement à ce travail d’écrivain, il donne régulièrement une chronique dans deux journaux, l’un parisien : La Démocratie nouvelle, l’autre breton : La Dépêche de Brest. Il collabore à de nombreuses revues, notamment La Bretagne touristique, dirigée par O.-L. Aubert, organe influent au service de la promotion d’une culture bretonne moderne, liée au développement d’un tourisme culturel.

Il reste à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale, poursuivant pendant sa retraite ses travaux d’écrivain et de journaliste. La fin de l’Occupation et la période de la Libération seront pour lui particulièrement angoissantes et douloureuses en raison de l’engagement dans la Résistance de ses deux plus jeunes fils, Pierre et Jean, de leur arrestation à Rennes, suivie de leur déportation en Allemagne. Après une longue attente, il devra accepter la réalité de leur mort : Jean dans le camp de Belsen, Pierre lors du bombardement tragique du Cap Arcona par l’aviation anglaise.

En 1947, il quitte Paris pour s’installer à Quimper, puis à Saint-Guénolé, dans sa maison du Lestr, à partir de 1952. La rudesse des hivers en bord de mer l’oblige à revenir à Quimper en 1956. C’est dans cette ville qu’il passera les dernières années de sa vie.

L’après-guerre est pour lui une période de grande activité intellectuelle : en 1947, il publie une étude consacrée à La poésie de la mer et édite le journal du voyage en Bretagne de Michelet: il y montre les impostures de l’historien romantique, qui décrit dans les pages de son Tableau de la France consacrées à la Bretagne des lieux où il n’est jamais allé. En 1952, l’année de ses quatre-vingts ans, célébrés par un jubilé littéraire à Paris et à Quimper, il publie ses Mémoires d’un pêcheur en eau salée : titre trompeur pour un livre qui est bien plus qu’un recueil d’histoires de pêche. Il s’agit en réalité des mémoires d’une vie, mais sous la forme d’un paradoxe, c’est-à-dire en considérant que c’est du point de vue de Saint-Guénolé, de la mer et de la pêche qu’il convenait pour lui de quêter ce qu’il y avait eu d’essentiel dans son existence. Un parti pris d’humilité se traduisant par un refus des vanités littéraires.

Dans ses dernières années d’activité, il s’attache à terminer le cycle des « Romans d’histoire de France » qu’il avait commencé à écrire avant la guerre en collaboration avec Henri Dupuy-Mazuel : dix-huit romans verront le jour, avec pour fil conducteur le destin d’une famille à travers les vicissitudes de la construction de la nation française. La note personnelle de cette collection de vulgarisation historique, à visée plus ou moins didactique, est l’ancrage breton caractérisant un bon nombre des intrigues.

Décédé le 12 avril 1967 dans sa 95e année, il est inhumé au cimetière de Saint-Guénolé.

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